Un peu plus d’un an après, je me décide à écrire sur ce jour qui a bien failli me tuer…
Je ne sais pas par quoi commencer, ni même quoi dire en fait. Beaucoup de choses ont été effacées de ma mémoire, séquelle de l’accident. J’ai du retracer petit à petit les étapes difficiles de cette journée-là, demander aux quelques copines qui ont été témoins des faits, et mettre petit à petit les pièces du puzzle pour comprendre tout ce qu’il s’était passé…

J’ai découvert les rallyes grâce à une copine à l’époque. La copine n’est plus dans ma vie mais ce n’est pas grave. Quoi qu’il en soit, elle m’a fait faire mon premier rallye et j’ai tellement adoré que j’étais toujours partante pour en faire un. C’était à chaque fois l’occasion de découvrir un lieu et puis Mylo semblait également apprécier, ce qui est non négligeable à mes yeux.

C’était une belle journée ensoleillée. Je partais avec deux copines dont Mow. Le rallye en lui-même ne fut pas des plus folklorique…
Un peu de bois mais sincèrement ce n’était pas grand chose. Moi qui adorais promener dans les bois, j’étais déçue.
Nous avons fait énormément de chemins de bitume ou cailloux alors que l’organisateur nous avait promit pratiquement que des bois. Pour des chevaux pieds nus, ce n’était pas franchement l’idéal.
Une sorte de cowboy de pacotille qui arrive dans notre dos au triple galop, nous lui faisons signe de ralentir lorsqu’il nous double parce que nous avons de jeunes chevaux et pour l’une de mes copines, c’était son premier rallye et elle était stressée. Il continue malgré tout de foncer droit vers nous alors nous lui bloquons le passage. Forcé de ralentir, il nous gueule qu’on est libre de prendre l’allure qu’on veut. Je me souviens m’être énervée, lui rappelant que le respect ne doit pas être son fort et qu’il existe malgré tout en équitation… Il nous double dans une espèce de mi trot-mi galop et à peine un mètre devant nous, détale à nouveau au triple galop, manquant de faire embarquer nos chevaux avec lui tellement le cheval de ce type chauffe.

On a droit à une pause à mi parcours. Et là, de tous les rallyes que j’ai déjà fait, c’est le premier où on a même pas droit à un verre de soda/eau/bière, peu importe. Je suis étonnée, je fais la remarque quand même et on me rétorque qu’il faut payer… Ha ! Première fois ! Je me souviens m’être dit que ce rallye-ci, on ne m’y verrait plus !

Un passage sur un tournant d’une route limitée à 70 km/h où les voitures devaient sûrement rouler au double, nous frôlant pour nous éviter à peine.

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Malgré tout, nous sommes quand même arrivées entières au point d’arrivée, dans une grande et vaste prairie où il y avait quelques tonnelles, des vans et des gens. Heureusement, on part toujours dans les derniers, exprès pour laisser passer l’invasion des obsédés de la vitesse qui ne prêtent pas attention au paysage (ni même parfois à leur monture puisqu’à peine sellés, ils partent directement au galop, sans même échauffer. Mais ça, c’est un autre débat. Il y a ceux qui font attention à leur cheval et il y a les autres).

Je m’apprêtais à mettre pieds à terre en rigolant avec les copines de tout ce qu’il venait de nous arriver durant cette « balade ». Je déchaussais mes pieds des étriers et posais les rênes sur l’encolure. Je sais, c’est une grave erreur mais Mylo et moi, c’était un peu un vieux couple, on se faisait confiance. Automatiquement, il a toujours fait une flexion d’encolure lorsque je montais ou descendais de son dos donc ce jour-là, il l’a également faite. Et alors que je passais ma jambe au dessus de sa croupe, je me fais percuter de plein fouet. Un mec qui nous a foncé dedans, lancé dans un galop plein cul, il paraît même qu’il a prit la fuite lorsqu’il a vu ce qu’il se passait. Mylo n’apprécie pas du tout ça et démarre en triple galop, moi toujours sur son dos, les deux jambes du même côté, plus de rênes, les pieds ne sont plus dans les étriers. Je me souviens avoir tenté de l’arrêter de ma voix la plus calme possible avec un « Hoo hooooo Myloooo » très doux. Mais il ne m’écoutait déjà plus. Furieux de ce qu’il venait de lui arriver.
Tant bien que mal, je m’accroche toujours. Je réussis à repasser ma jambe par dessus et m’assieds sur son dos. Je n’ai toujours pas les pieds dans les étriers mais je suis obnubilée par mes rênes que je vois voler dans tous les sens. Je me souviens avoir pensé « Il va se les prendre dans les jambes, il va se tuer, il faut que je l’arrête !! ».
Ca y est, j’ai récupéré mes rênes, enfin je pense, j’en ai le vague souvenir mais rien n’est sûr à ce niveau-là. Est-ce que j’en ai rêvé ? Je ne sais plus.

Je vois un homme droit devant nous. Je ne me souviens plus de s’il veut tenter de nous arrêter ou s’il est juste bêtement là dans le passage, je me souviens hurler de dégager mais Mylo le percute de plein fouet !
Je vole au dessus de mon cheval, le mec tombe sur le côté, et Mylo tente de m’éviter mais ses antérieurs percutent ma tempe. Heureusement que j’ai ma bombe. Ma tête cogne plusieurs fois le sol.

Black out total !

Je ne suis plus là. Je n’existe plus. Je suis inanimée au sol.

Petit à petit, je reprends connaissance. J’ai toujours les yeux fermés mais je sens et entends des gens autour de moi. Ça bouge, ça s’affaire.
J’ouvre les yeux et vois que Mylo a été récupéré. C’est bien, je suis rassurée. Il est debout, essoufflé et nerveux mais debout. Je repars dans le noir !

Je me réveille encore deux ou trois fois mais repars aussi vite. Je me souviens que, couchée de tout mon long, une nana me fais m’asseoir, je lui bafouille un « ce n’est pas une bonne idée », elle ne me laisse pas le choix et je m’évanouis à nouveau.

Enfin un peu plus éveillée, j’évalue l’étendue des dégâts en bougeant chaque partie de mon corps. Rien ne semble cassé. Je n’ai mal nulle part à vrai dire, je ne suis plus là mentalement.
Les gens me parlent, me posent des questions… « Avez-vous mal ? Voulez-vous que j’appelle quelqu’un ? Levez-vous. Mettez-vous au chaud. » Je me contente de les regarder, je les entends mais je ne comprends rien. L’information arrive bien mais ça s’arrête là, mon cerveau ne l’analyse pas. Je ne comprends rien.
Oulah, c’est pas bon signe ! La commotion cérébrale doit être là…

D’accord, j’ai sûrement un truc qui ne va pas mais Mylo est là, il a besoin de moi.
Je ne sais pas comment je me relève mais j’attrape mon cheval et demande à l’organisateur de me ramener avec Mylo en van.
Mes copines pensaient appeler les secours et repartir avec Mylo à pieds mais je vois bien qu’il est inquiet, comme moi il ne comprend pas ce qu’il s’est passé. Je refuse mais téléphone quand même à Chéri.
Dans ma tête, je pense dire à Chéri « J’ai eu un accident mais ça va, je rentre à l’écurie avec Mylo, rejoins-moi là-bas », en réalité j’ai plus ou moins dit « Accident… Mylo… Ecurie… ». Bonjour l’angoisse pour lui, le pauvre.

Le gars veut faire monter Mylo sellé et bridé, je l’envoie péter. Je sens que ça ne va pas du tout dans ma tête mais je dois absolument protéger mon cheval. Je désselle et débride, range tout dans le coffre du pick up, fais monter Mylo d’une traite dans le van, ne l’attache pas (je n’avais qu’un licol en corde en dessous du bridon), monte dans l’auto et on part.
Je me souviens que le gars ne s’inquiète pas une seule fois de mon état, pourtant préoccupant. Il se contente de me dire qu’il est fier de son rallye, que le coin est joli et il ose me dire « Vous serez là au rallye l’année prochaine hein ? ». Je ne me souviens plus de ce que je lui réponds, je ne sais même pas si je lui réponds en fait.

On arrive à l’écurie, je descends à peine du pick up que le gars a déjà ouvert le van et que Mylo est déjà dehors, sans être tenu en longe, il le lâche en plein milieu de l’écurie… qui est ouverte sur la route ! J’ai le réflexe de rappeler Mylo, il vient à moi, toujours sur l’œil.
Le gars fait mine de partir, je lui rappelle que mes affaires sont dans son coffre. Il dépose tout lourdement à terre et se casse. Tant mieux, je lui parle pas de toutes façons, je n’ai pas conscience de lui… Pas même de moi d’ailleurs. Je ne ressens toujours pas la douleur, je suis toujours sous adrénaline. Heureusement… !

Chéri me rejoint alors que je suis occupée à remettre la couverture anti-dermite sur Mylo tout en vérifiant qu’il n’est blessé nulle part. Pendant ce temps, Chéri remet les affaires dans mon armoire de sellerie. Heureusement parce que je ne m’en souviendrai que deux jours plus tard.

Me voilà dans la prairie. Je ne sais pas comment ni par où je suis arrivée là. Je me souviens que je ramène Mylo parmi les siens, que je retire son licol, fais quelques pas et puis, j’ai mal au ventre d’un coup, j’ai envie de vomir... Ma tête tape fort… J’ai envie de dormir et… le trou noir !

J’ouvre un œil et vois Chéri courir vers moi, tous les chevaux autour de moi formant une sorte de barrière comme les chevaux sauvages pour protéger les plus faibles. Je me rendors.

Je rouvre un œil. Une infirmière au dessus de moi qui me hurle des mots que je ne comprends pas. J’entends bien qu’elle me dit des choses mais rien n’arrive à mon cerveau. C’est flou… J’ai sommeil, je suis vraiment fatiguée, comme si j’étais à ma troisième nuit blanche d’affilée. Je ferme les yeux et repars.

Je sens qu’on tourne autour de moi, qu’on me pose un plaid pour que j’aie chaud. Je sens que des mains me touchent, elles prennent mes paramètres, ils ne semblent pas bons vu l’intonation de leurs voix. C’est pas grave, j’ai sommeil, on verra à mon réveil.

Je suis réveillée par une voix masculine. J’ouvre un œil, ils me disent qu’ils vont me mettre sur une civière et me demandent si je comprends. J’en déduis que ce sont des ambulanciers et je remue faiblement les lèvres, aucun son ne sort. Je tente alors un petit oui de la tête…
Aille !! Là j’ai mal !! Ca fait de plus en plus mal ! Ca devient infernal ! Je pense que ma tête va exploser. L’ambulancier remarque que mon visage se déforme sous la douleur, fait signe à son collègue, et ils pressent le pas jusque l’ambulance.
Je ferme les yeux, me concentrant sur ma douleur qui se fait de plus en plus violente. Si je ne suis pas encore morte, ça ne va pas tarder. Mon cœur bat la chamade. Je tremble. Une larme coule. Mon cœur bat dans ma tempe. Je vais mourir ici. Ça fait trop mal dans ma tête ! Je ne vais pas tenir… J’ai si mal et tellement envie de dormir… Faites que ça s’arrête !!

Un docteur arrive en trombes d’une ambulance de réanimation, c’est d’ailleurs dans celle-là que je vais faire mon voyage vers l’hôpital. Voyant mon état, il me pose un cathéter. Directement, la Morphine atténue la douleur.
Il parait que j’étais consciente tout le long et que je réagissais aux différents stimulus. Je n’ai aucun souvenir si ce n’est de m’être dit que l’infirmier n’était pas moche du tout et de ne pas l’avoir lâché du regard tout le long.
J’ai aussi souvenir du bonheur des belles routes de Wallonie et leur invasions de nids de dinosaures qui vous secouent comme un prunier. La Morphine n’agit pas assez…

On arrive à l’hôpital et on me place dans un long couloir, j’y patienterai de nombreuses heures. De temps en temps on passe me voir, on prend mes paramètres, on me prend pour un scan ou un autre test. Je ne parle pas mais je suis consciente et je sais très bien lire sur les visages.
D’ailleurs, si des médecins me lisent, j’aimerais juste vous demander de vous souvenir qu’avant d’être des patients, nous sommes avant tout humains. Des gens dans mon cas, n’ont pas besoin qu’on les détaille comme du bétail, limite une bête de foire, mais juste un petit mot ou une explication sur ce qu’il va se passer, ça fait du bien. Je sais que vous devez vous poser des barrières pour ne pas prendre toute la douleur du monde sur vos épaules mais parfois, juste un petit mot, ça fait du bien.
Je me souviens vaguement d’un étudiant docteur m’a tenu la main quelques minutes quand je pleurais. Rien que ça, ça m’a fait du bien. J’en ai encore les larmes aux yeux rien que de me le remémorer.
Ré-injection de Morphine lorsqu’on voit que mon visage se déforme à nouveau sous la douleur. Je ne me plains pas, ça ne sert à rien.
Là, je suis dans le flou, j’entends que mon cas est grave, on analyse mes résultats en me regardant de temps en temps avec une mine dépitée. Des gens d’autres services viennent me voir, sûrement curieux de connaître qui est la cascadeuse qui a foiré son coup.

Je réalise que Chéri n’est toujours pas là, je demande alors à l’avoir à mes côtés. Ils l’avaient fait patienter dans la salle d’attente et le pauvre tournait en rond comme un lion en cage. Je remarque un regard du coin de l’œil d’un docteur à un autre et tous les deux acquiescent. Chéri arrive. Il va pouvoir se calmer et se rassurer.

Plus tard, je me souviens d’une infirmière qui me propose la panne, toujours dans ce couloir. Je refuse et dis que je vais aller aux toilettes. Ça c’est moi : je suis têtue, je ne veux pas de ce truc métallique et froid, et encore moins dans un couloir !
J’arrive tant bien que mal aux toilettes, ne parviens pas à faire pipi mais en revanche, je vomis très bien ! Heureusement que je suis aux toilettes…

Après plus de quatre heure (je n’ai plus la notion du temps à ce moment-là mais ce devait même être bien plus…), on me monte enfin en chambre.
Je me souviens avoir demandé un miroir, on me le refuse, je ne dois pas être belle à voir. Preuve en est des bouches bée des quelques personnes venues me rendre visite plus tard.

Lorsque Chéri partira à la maison au soir, je m’écroulerai en pleurs et ferai des cauchemars toute la nuit. On m’injectera un calmant qui ne me fera rien. Du coup une infirmière passera plusieurs fois pour s’assurer que j’aille bien. J’ai passé deux jours et deux nuits avec la télévision en bruit de fond, tellement j’avais peur du silence.

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J’ai eu de la chance, les médecins me l’ont dit.
Commotion cérébrale sévère et une multitude de contusions un peu partout mais rien n’est cassé. Je vais avoir mal pendant longtemps et, ce que je ne savais pas sur le moment, j’allais vivre quelques épisodes de crises d’épilepsie. Sans vous parler du traumatisme important lié à la chute. 
Dans ma chute, j'ai eu le bassin déplacé également.
Un an après, je suis toujours pas capable de partir balader alors que j’adorais ça avant. J’ai même difficile à monter en piste, rien que d’y penser, je panique. Et lorsque je parviens quand même à monter, il ne faut pas me parler de galoper, directement j’ai l’impression de ne plus rien contrôler et que ma monture m’embarque… Et que je vais à nouveau tomber…

En prime, j’ai également de nombreuses pertes de mémoire et quelques problèmes d’élocution. Un enfer pour moi, surtout dans un milieu professionnel où la moquerie gratuite va parfois bon train…

Après deux épisodes d’essai de monte en piste sur un an, j’ai compris que je n’y arriverai pas seule… Donc j’ai contacté ma copine qui est devenue ma coach et on va travailler ça tout petit doucement pour que je puisse à nouveau vivre ma passion à fond comme c’était le cas avant.
Le chemin sera long avant d’y arriver, je le sais, mais j’y crois !